Brigitte Noël et son collègue Matt Joycey ont reçu un prix Gémeaux pour leur documentaire-shoc sur les thérapies de conversion. La journaliste d’enquête est originaire de Sturgeon Falls. Photo Prix Gémeaux

Parade of Lights 2019

​Parade de lumières

Les Filles d’Isabelle à Sturgeon Falls : 75 ans d’Unité, Amitié, Charité

 ​​Fête du drapeau

franco-ontarien

Warm and Cozy 2019

Remembrance Day

Fall and Winter Driving and Adventure Guide

Retrospective 2018

Brigitte Noël marie

journalisme

et justice sociale

Share with friends

SPECIAL SECTIONS

CAHIERS SPÉCIAUX

70e anniversaire du Club Richelieu de Sturgeon Falls

CIL 2019 IPM

1968

Suzanne Gammon
Tribune

Brigitte Noël a su dès le secondaire qu’elle voulait être journaliste, et aujourd’hui, elle reste toujours aussi passionnée par ce travail, se comptant même chanceuse de le faire. Cette passion est évidente dans ses reportages, empreints d’un grand souci pour la justice sociale, et c’est sans doute ce qui lui a mérité l’un des plus prestigieux prix au pays : le prix Gémeaux du meilleur reportage original produit pour les médias numériques. C’est pour le documentaire «Des thérapies bidon pour guérir l’homosexualité,» une enquête sur les thérapies de conversion hautement controversées, réalisé par Brigitte et son collègue Matt Joycey, vidéaste et monteur, pour le Bureau d’enquête de Québecor. Le reportage est paru l’an dernier sur le site du Journal de Montréal.

Si Brigitte s’attaque à des sujets aussi épineux et importants aujourd’hui, ce n’est pas par hasard. Cela a débuté il y a bien longtemps, lorsqu’elle étudiait à Franco-Cité. «Mon premier reportage, c’était pour un cours de français 11e année (…), sur la fermeture de l’école à Field. Ça m’a vraiment donné la piqure,» se souvient-elle. «J’avais décidé que je voulais faire un stage à la Tribune, et là vous m’avez accueillie, heureusement!»

Brigitte s’est jetée corps et âme dans les reportages, suivant les journalistes de la Tribune à la cour de justice, dans les réunions politiques et autres. «C’était tellement une belle école avec vous autres, et c’était différent tous les jours.» C’est ce qu’elle aime du journalisme. «Il n’y a pas de routine, c’est vraiment imprévisible.» Cela lui permet aussi de lever le voile sur des enjeux importants et surtout des injustices sociales. «C’est un heureux mélange de toutes mes passions!»

Elle s’est donc rendue à l’Université d’Ottawa pour faire un baccalauréat en communication, complété en 2008. Pendant les 5 à 6 ans suivants, «j’ai fait plein de choses autres que le journalisme. (…) Je me disais, «ah non, j’ai bifurqué,» et je voyais ça comme un échec. Mais aujourd’hui je me rend compte que cela m’a donné plein d’expériences qui me rendent meilleure comme journaliste.» Elle a abouti à Toronto, travaillant en relations publiques pour la chaîne de télévision Télétoon, puis la piqure s’est fait sentir à nouveau. Elle s’est donc inscrite à la maîtrise en journalisme à l’Université Ryerson, et avant même de compléter sa maîtrise en 2012, elle a été embauchée par l’émission phare de la chaîne CBC, The National.

Elle travaillait à temps plein au bureau de CBC à Toronto, collaborant à des enquêtes de longue haleine, mais «à CBC Toronto, ça peut prendre très longtemps avant de pouvoir de retrouver devant la caméra.» Ainsi, l’été, elle partait faire des reportages dans différentes régions, dont Terre-Neuve et le Nouveau Brunswick, ce qui lui donnait l’occasion de passer au micro.

Un tournant l’attendait à l’automne 2014. «Ils m’ont prêtée à [CBC] Montréal pour les élections 2014, et je suis juste jamais revenue!» Pendant un an, elle a travaillé comme pigiste à la salle de nouvelles de CBC Montréal. «Il y avait toujours du travail.» Puis, lorsque le média numérique Vice a été lancé en 2015, «ils sont venus me chercher,» dit-elle.

Pour elle, c’était une décision facile. «Vice, c’était la liberté totale!» Le jeune média lui permettait d’attaquer «des sujets qu’on ne voit pas ailleurs,» comme le travail du sexe, la communauté LBGTQ, les enjeux autochtones. «C’était important pour moi de les déstigmatiser,» dit-elle. «Je suis devenue comme une journaliste de justice sociale, je suis tombée là-dedans et c’est ce que j’aime le plus.»

La première grande reconnaissance qu’elle a reçue pour ce genre de travail, c’était le prix Judith-Jasmin de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, pour son portrait de La Meute, le «plus grand groupe d’extrême droite au Québec», publié sur le site Vice Québec en 2017. «Je ne m’y attendais pas,» dit-elle, en ajoutant que ce genre de prix est motivant après un travail aussi difficile et «super troublant.»

En effet, pendant des mois, elle a travaillé à infiltrer le groupe, à trouver des anciens membres prêts à témoigner, puis à «essayer de les comprendre.» Cela demande une force mentale énorme. «Tu vois comment ces gens là sont radicalisés. (…) Ça serait facile de boire le koolaid. (…) Même maintenant, il y a constamment des gens qui m’envoient des courriels pour essayer de me convaincre (…) C’est super déprimant. Ça épuise.» Pourtant, elle insiste qu’il faut essayer de comprendre ces gens pour cerner les enjeux et trouver des solutions, et elle s’est donné cet objectif.

Son nouveau rôle lui donne encore plus de possibilités d’atteindre l’objectif. En 2018, elle quittait Vice pour aller travailler au nouveau Bureau d’enquête de Québecor, qui alimente le Journal de Montréal, le Journal de Québec et TVA nouvelles. Encore une fois, on est venu la chercher.

«J’adore ça!» Son travail consiste à enquêter sur des enjeux complexes et d’infiltrer des milieux fermés pour les exposer. Elle fait environ 4 projets par année, des enquêtes de longue durée qui se traduisent en documentaires bien révélateurs. L’un des résultats, c’est la série Narcos PQ, dans laquelle elle s’entretient avec des narcotrafiquants. «Dans le 2e épisode, je vais en prison chercher un ancien motard des Rock Machines. Je le sors de prison et l’on revient à Montréal dans ma voiture, puis on jase tout le long. Il me raconte sa vie, une enfance difficile (…) Ça permet de comprendre comment ces gens là pensent (…) Dans ce genre d’industrie, si tu ne comprends pas les motivations, c’est difficile d’agir ou légiférer.»

Sa mère, Suzanne Davidson Noël, qui habite toujours Sturgeon Falls, n’arrive pas à regarder cette série. «D’habitude, c’est ma plus grande fan, elle regarde tout; mais ça elle trouve ça trop énervant,» dit-elle en riant. Brigitte avoue que c’est naturel, et qu’elle même était nerveuse pendant les premières entrevues, mais maintenant elle estime que ses interlocuteurs sont «des gens comme tout le monde.» En effet, elle dit qu’elle est plus troublée en interviewant les gens de l’extrême droite que les narcotrafiquants.

«J’aime ça faire tomber les tabous,» dit-elle. La série Narcos PQ continue, et elle dit que c’est «beaucoup, beaucoup de travail; ce n’est pas facile de trouver des gens qui vont se confier à nous.»

C’était également difficile de faire éclater la vérité sur les thérapies de conversion, encore légales au Québec. Brigitte a interviewé des hommes qui avaient subi ces thérapies, prétendant pouvoir les «guérir» de leur homosexualité, puis elle a trouvé un collaborateur pour infiltrer le milieu. Ce jeune homme homosexuel posait comme un candidat à la thérapie, quelqu’un qui voulait changer son orientation sexuelle, pour dévoiler les services proposés à cette fin et le fonctionnement des «thérapeutes.» Autant Brigitte a trouvé elle-même cette réalité choquante, autant elle s’inquiétait de l’impact psychologique sur son collaborateur. «Heureusement, c’est quelqu’un de vraiment solide. C’est extrêmement démoralisant; imagine de se faire dire que t’es brisé, qu’il faut que tu sois guéri. (…) C’est triste de penser que ça arrive.»

Si ce documentaire a été récompensé d’un Prix Gémeaux, Brigitte estime que la plus belle reconnaissance, ce sont les appels qu’elle continue à recevoir de personnes ayant subi ces thérapies, pour lui dire merci. De plus, elle souligne que les gouvernements fédéral et provincial (du Québec) parlent de criminaliser cette pratique. «On met les choses en lumière dans l’espoir que ça va faire changer la donne,» dit-elle.

Ce n’est pas pour diminuer l’importance du Prix Gémeaux, car elle s’avoue ravie de cet honneur, partagé avec son complice de longue date Matt Joycey, qui travaillait avec elle chez Vice avant de faire le saut avec elle chez Québecor. Elle a su qu’ils étaient en nomination environ 2 mois avant la soirée de remise des prix le jeudi 12 septembre, mais elle ne s’attendait pas de gagner. «J’étais assise vraiment, vraiment loin en arrière. Ça m’a pris une minute à marcher jusqu’à l’avant,» raconte-t-elle en riant. «Mais j’étais contente d’avoir une minute à marcher parce qu’il fallait que je compose un message en marchant!»

Brigitte dit qu’elle a reçu de nombreux messages de félicitations de la part de sa famille, ses amis et ses connaissances dans le Nipissing Ouest. Elle continue à garder des liens forts avec eux, revenant 4 à 5 fois par année dans la région. Montréal restera sa ville d’adoption, cependant, car elle espère continuer ses enquêtes longtemps. «Je suis super chanceuse de faire ce genre de journalisme là, parce qu’on sait qu’il y a de moins en moins d’argent pour le journalisme (…) et c’est de plus en plus stressant dans les salles de nouvelles parce qu’il y a moins de personnel et pas de ressources. (…) Si l’on peut faire ce genre d’enquêtes, c’est parce que les gens achètent le journal. Il faut que les gens continuent à s’abonner aux journaux, il faut payer pour du bon journalisme.»

...Pour en savoir plus, cliquez ici

​​​​​​Accueil      Emplois      Nécrologie      Annonces      Archives      Photos      Abonnement      Publicité      Qui sommes-nous      Contactez-nous